La pandémie a enfin levé l'ombre qui planait sur le tourisme à travers le monde. L'Organisation mondiale du tourisme estime que les voyages internationaux atteindront 97 % de leur niveau d'avant la pandémie (2019) au premier trimestre 2024. Si le secteur du tourisme s'est remis des effets dévastateurs de la Covid-19, certaines notes discordantes persistent. Des conditions météorologiques extrêmes, comme le pire typhon que le Vietnam ait connu depuis des décennies, ainsi que des manifestations contre les touristes dans les communautés locales de Barcelone, assombrissent les perspectives de reprise du tourisme.
Ces dernières années, les impacts environnementaux et sociaux du tourisme ont fait l'objet de vifs débats. Le tourisme traditionnel est connu pour exercer une pression sur l'environnement et les ressources naturelles. Dans les zones touristiques populaires, les écosystèmes naturels deviennent de plus en plus vulnérables. Les récifs coralliens ont été affectés par des activités telles que la plongée avec tuba ou la navigation de plaisance. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) estime que le tourisme représente plus de 8 % des émissions mondiales de carbone.
L'industrie touristique a également un impact sur les infrastructures locales, ce qui se répercute sur la qualité de vie. Cela conduit à une perte progressive des cultures et des écosystèmes uniques qui attiraient les touristes au départ. Les récentes manifestations en sont un bon exemple. Les habitants de Barcelone protestent contre le tourisme de masse, qu'ils estiment responsable de l'augmentation du coût de la vie et de la baisse de la qualité de vie. Des manifestations similaires ont également éclaté aux îles Canaries et à Majorque.
À l'approche de la Journée mondiale du tourisme en 2024, dont le thème sera « Tourisme et paix », nous devons trouver un équilibre entre les aspects négatifs et positifs du tourisme. C'est là que le tourisme durable entre en jeu. Le tourisme durable peut promouvoir des pratiques respectueuses de l'environnement et résilientes au changement climatique, et favoriser la paix en minimisant les conflits et en encourageant la compréhension entre les voyageurs et les communautés locales.
Le Costa Rica est l'un des pays qui a su exploiter le potentiel du tourisme durable. Grâce à son vaste réseau de zones protégées et de parcs nationaux, le pays a pris diverses initiatives pour promouvoir la biodiversité et l'écotourisme. Les écolodges et les initiatives communautaires encouragent les voyageurs à adopter des pratiques durables. La Norvège s'est également concentrée sur le tourisme durable en promouvant des hébergements respectueux de l'environnement, un tourisme responsable axé sur la faune sauvage et des moyens de transport écologiques, tels que les voitures électriques ou les vélos.
De nombreuses autres destinations ont adopté des pratiques durables, telles que la limitation du nombre de visiteurs, l'interdiction des plastiques à usage unique et la promotion de pratiques de gestion des déchets. Le Bhoutan limite le nombre de visiteurs et exige des touristes qu'ils paient une redevance journalière pour le tourisme durable. Le Kerala, en Inde, a également opéré la transition vers le tourisme durable en transformant Valanchuzhy en un pôle touristique respectueux de l'environnement.
La croissance de l'écotourisme et des certifications écologiques, ainsi que les solutions technologiques telles que les programmes de compensation carbone et les applications durables, ont aidé les voyageurs et les entreprises à adopter des pratiques durables. L'UE a introduit de nouvelles réglementations obligatoires, mais d'autres pays tels que le Royaume-Uni, l'Australie, le Canada, l'Inde et Singapour ont également pris des mesures similaires. La SEC (Securities and Exchange Commission) américaine devrait adopter des exigences similaires en matière de divulgation des informations climatiques, qui rendront obligatoires les divulgations d'émissions auparavant volontaires pour les entreprises américaines cotées en bourse. L'International Sustainability Standards Board (ISSB), une filiale de l'International Accounting Standards Board, a également publié un cadre pour les rapports de durabilité, introduisant la divulgation des émissions selon le Greenhouse Protocol dans la comptabilité des entreprises.
Selon le Forum économique mondial, ce secteur génère près de 10 % du PIB mondial et de l'emploi. Il peut également tirer parti des initiatives en faveur du tourisme durable. Pour ce faire, il rassemble les secteurs public et privé afin de promouvoir les entreprises locales durables par le biais des MPME et des start-ups du secteur social, et d'offrir aux membres des communautés locales des moyens de subsistance résilients au changement climatique. De nombreux pays à travers le monde explorent cette voie dans le cadre de leur engagement en faveur du tourisme et de la paix.
Le tourisme durable ne consiste pas seulement à protéger l'environnement ou à améliorer les conditions de vie des cultures et des communautés locales. Le tourisme durable est un moyen d'équilibrer les relations entre les voyageurs et les communautés locales. Il offre aux voyageurs des expériences authentiques et enrichissantes, leur permettant de découvrir les cultures et les traditions locales et de se reconnecter avec la nature. Les entreprises qui dépendent du tourisme peuvent également attirer des voyageurs responsables et contribuer à la préservation des destinations à long terme en concentrant leurs efforts sur des pratiques durables. Le tourisme favorise la paix et l'égalité en minimisant les conflits et en favorisant une meilleure compréhension entre les cultures et les peuples.
Le moment est venu pour toutes les parties prenantes – visiteurs, leaders du secteur, gouvernements et communautés d'accueil – de changer notre état d'esprit collectif. L'industrie mondiale du voyage et du tourisme doit collaborer, co-créer et s'inspirer des meilleures pratiques à travers le monde afin de faire du voyage un moteur de paix, de résilience et de durabilité. La première étape consiste à concevoir des destinations touristiques inclusives et durables.























